A La Garenne, festin pour tous

AU BOULOT DURANT LES FÊTES Au parc de Le Vaud, les animaux sont entourés 7 jours sur 7. Et pour eux aussi, c’est Noël.

Article paru le 23 décembre 2019 dans La Côte. Série de 6 reportages co-réalisée avec Anne Devaux. Textes: Fabienne Morand. Photos: Cédric Sandoz. PDF

Le poisson, on va éviter car le blaireau, c’est plutôt un animal forestier, bien que ce soit aussi un opportuniste qui mange de tout», commente Marjorie Prillard, soigneuse animalière, en pleine préparation du repas des trois blairelles du parc animalier de La Garenne, à Le Vaud. Elle se trouve dans un frigo où sont stockés les invendus apportés par les bénévoles de l’association Rest’OZ’animaux. Fruits, légumes, animaux morts, viandes et poissons sous vide: le choix est vaste. «La viande, on l’achète sur commande, mais il peut aussi s’agir d’animaux accidentés de la route ou de veaux mort-nés. Cependant, aucune bête n’est tuée exprès pour nourrir nos carnivores», précise la soigneuse animalière. Et en période de fêtes, les arrivages des invendus commerciaux impropres à la consommation humaine ont parfois de quoi faire des envieux. «Quand on donne de la truffe, des filets de perche ou des noix de Saint-Jacques, on est un peu jaloux, admet Marjorie Prillard alors qu’elle coupe un kiwi en quatre pour ses blaireaux. Avec ces arrivages plus luxueux, parfois nous réalisons des enrichissements, comme cacher de la féra à l’intérieur d’une courge. Mais finalement, le plaisir est davantage pour nous. L’animal s’en fiche.»

Des plats variés
Car si la nourriture est parfois différente lors des fêtes de fin d’année, le travail reste le même pour les soigneurs. Ils doivent continuer à préparer des plats variés, selon les habitudes alimentaires de chaque animal, et pèsent systématiquement les rations. «Là, 2,2 kg, c’est un peu plus que les 1500 grammes idéaux pour les trois blaireaux, relève Marjorie Prillard, en reprenant la caisse de la balance. Mais hier il y a eu jeûne, alors ça ira très bien.» Les employés évitent également de trop ritualiser leur travail. Ainsi, comme les nettoyages ne sont pas effectués à des moments précis, la nourriture n’est pas amenée à heure fixe, ni déposée au même endroit. «Pour éviter les tocs, on dérègle volontairement et on réalise des enrichissements de milieu en cachant de la nourriture à différents endroits, forçant les animaux à la chercher», ajoute celle qui travaille dans le secteur campagne. Elle est donc quotidiennement en contact avec des castors, buses, loutres, ratons, ragondins, renards, lièvres ou encore fouines. Et bien sûr l’un des écureuils les plus curieux. Elle est à peine entrée dans l’enclos qu’il saute sur ses épaules, cherchant à emmagasiner un maximum de ses cheveux dans sa bouche pour compléter son nid. A sa grande déception, il n’emportera que des noisettes. La seule routine de ce métier, c’est peut-être le tour des enclos en arrivant le matin, afin de voir si tous les pensionnaires se portent bien.

Être là pour accueillir
«La période de Noël ne change rien à notre travail, le centre de soins ne s’arrête pas non plus. On nous y amène environ 600 animaux par année, il faut donc être présents pour les recevoir, relève Stéphanie Massy, médiatrice scientifique à La Garenne. Seul le froid nous demande d’être plus précautionneux avec l’eau, de s’assurer qu’elle n’a pas entièrement gelé.» Le jour de Noël, le parc est ouvert et il n’est pas rare d’accueillir des visiteurs. «Une année, le jour de Noël, un garde-faune nous a apporté un cerf mort dans un accident routier, les loups se sont régalés», se souvient la médiatrice. De l’autre côté du grillage, Marjorie Prillard joue avec la plus sociable des trois blairelles, la seule a être sortie de sa tanière en ce jour de brouillard. Animaux nocturnes, ils sortent le minimum de leur terrier durant l’hiver. L’envie de jouer du plus gros des mustélidés est donc une occasion pour vérifier son état de santé. «Au début, elle pleurait dans un coin de l’enclos, elle a dû apprendre à être un blaireau. Maintenant, c’est elle qui domine les deux autres», relève-telle en lui lançant de la nourriture. Et de lâcher en souriant: «Elle mange la bouche ouverte, elle n’est pas très polie.»


LE JEU POUR JUGER LA FORME DES ANIMAUX
L’une des trois blairelles du parc laisse facilement Marjorie Prillard, soigneuse animalière, s’en approcher. Trouvée sur un parking alors qu’elle n’était qu’un bébé, probablement orpheline, elle a été amenée à La Garenne en bus, dans le sac à dos d’un monsieur. Affaiblie, elle a dû être biberonnée au début. Depuis elle est restée trop proche des humains et ne pourra pas être relâchée, pour sa sécurité et celle des hommes. Pour s’en occuper, la formation passe par un CFC de gardien(ne) d’animaux sur trois ans.

LE FRIGO AUX MERVEILLES CULINAIRES
Chaque jour, les soigneurs du parc entrent dans le frigo et piochent dans l’offre du jour pour nourrir chaque animal, tout en respectant son régime et ses besoins alimentaires. D’un côté il y a les fruits et légumes, de l’autre la viande. Parfois, des aliments dits de luxe y sont amenés, rendant presque jaloux les employés.

CERTAINS APPRÉCIENT DAVANTAGE QUE D’AUTRES LA PRÉSENCE HUMAINE
«Pendant le nourrissage, si un animal cherche à jouer, cela ne nous dérange pas. Le soigneur peut ainsi vérifier au plus près l’état de santé de la bête», explique Stéphanie Massy, médiatrice scientifique. Toutefois, attention aux dents et griffes qui peuvent laisser des marques…

CHERCHER DE LA NOURRITURE PARTOUT
Derrière la réception,ontrouve quelques hérissons et surtout un écureuil trop curieux et joueur pour recouvrer la liberté. Ce jour-là, il a tenté d’emporter des cheveux de Marjorie Prillard pour rendre son nid plus douillet.