A pleines dents

Article paru le 24 janvier 2020 dans Agri Hebdo. Textes et photo: Fabienne Morand. PDF

Née dans une ferme, le hasard de la vie l’y a ramenée. Aujourd’hui, Laurence Jobin gère l’après récolte du Domaine Philippe et Laurence Jobin, dont la production phare est la pomme.

«Je prends la vie comme elle vient. Si on avait repris une confiserie tea-room, cela m’aurait aussi convenu. Je n’étais pas une agricultrice dans l’âme et jamais je ne me suis dit: ‹il faut que l’on reprenne l’exploitation de mon père›», déclare Laurence Jobin, faisant référence aux premières professions de son mari, dans les métiers de la bouche. Après réflexion, Philippe Jobin – également député au Grand Conseil vaudois et syndic – décide de suivre l’école d’agriculture de Marcelin puis Changins. Celle qui aime beaucoup marcher et aimerait parcourir le GR5 Saint-Gingolph-Nice pour ses 50 ans, a suivi son époux. «Maintenant je suis ancrée dans la terre, la question agricole est un sujet qui me tient à coeur. Je suis consciente que c’est la base de toute société et les consommateurs ne comprennent pas que si nous n’avons plus notre autonomie alimentaire, nous sommes finis.»

Cette agricultrice travaille à 30% à l’administration communale de Montricher (VD). «Il y aurait assez de travail chez nous, mais cette activité externe structure ma semaine et j’aime voir du monde.» Un emploi en lien avec sa formation d’employée de commerce, qu’elle n’a pas exercé longtemps. En effet, son diplôme en poche, Laurence part trois mois en Angleterre. Un jour, son père croise leur dentiste qui ne trouve pas d’assistant. «‹Ma fille rentre d’Angleterre, elle peut bien vous dépanner›, lui a répondu mon papa. J’y suis restée 18 ans», lâche Laurence qui est devenue ensuite conseillère à la clientèle pour une assurance bien connue des agriculteurs avant de rejoindre Montricher.

DATES CLES
1970 Naissance de Laurence le 17 mars, elle est la deuxième de quatre filles.
1988 Fin de son école de commerce, départ pour trois mois en Angleterre où elle obtient son First Certificate.
1991 Laurence épouse Philippe Jobin. Naissance de Gaëtan en 1995, Alexandre en 1997 et Charlotte en 2000.
2000 Reprise du domaine familial en fermage, rachat en 2009. En 2002, premier produit destiné à la vente directe, un jus de pomme.
2019 Obtention de son brevet fédéral de spécialiste en gestion de PME.

Sur le domaine, refusant l’étiquette de la «dame qui donne un coup de main», Laurence Jobin a insisté pour que son travail soit reconnu et plus particulièrement que ses assurances sociales soient payées. Elle décide aussi de se doter d’un brevet fédéral de spécialiste en gestion de PME. «En tant que femme, nous ne sommes pas toujours validées dans nos compétences. Nous devons souvent en montrer un peu plus. Ce brevet fédéral m’a apporté un plus», relève celle qui développe les nouveaux produits du domaine, discute avec les différents partenaires et gère de plus en plus la partie administrative et la vente.

Au fil des ans, le couple est passé de la vente de leur jus de pomme à l’Apple Pearl – un cidre en petite bouteille – en passant par le développement de mousseux, vinaigre de pomme, cidre liquoreux et huile de colza. «Je ne m’occupe pas de la mécanique, ni des cultures, mais s’il faut grimper sur le tracteur, je grimpe», sourit-elle.