Comment le vignoble de La Côte dope l’économie

VITICULTURE Les travaux de la vigne créent des emplois et soutiennent nombre d’activités liées.

Article paru le 29 mai 2018 dans La Côte. Textes et photo: Fabienne Morand. PDF

Un tiers du canton de Vaud est dédié à l’agriculture avec «au total, 3,5% de la surface agricole consacrée aux vignes», souligne le «Numerus» de décembre 2014 de Statistique Vaud. Parmi les huit régions vaudoises, celle de La Côte est la plus grande. Un vignoble qui crée des emplois, directs et indirects, et permet à l’économie régionale de fonctionner.

Tout débute dans les pépinières viticoles, à l’image de celle de Claude Lapalud, à Etoy, qui produit 180 000 plants par année. Selon lui, ils sont un peu moins de dix pépiniéristes viticoles établis sur La Côte. Les différents travaux, à la pépinière ou à la vigne, demandent de la main-d’oeuvre. L’agriculture dans son ensemble, en 2016, a généré 1565 empois dans le district de Nyon et 2276 dans celui de Morges, selon les statistiques du canton de Vaud. Une main-d’oeuvre souvent aux origines étrangères. «Le travail n’est pas évident, à la mauvaise hauteur», souligne Denis Hermanjat, de Commugny, président des Vins de La Côte. Les employés suisses ne se bousculent pas au pied des souches.

Toutefois, pour les nombreuses entreprises qui vivent, en partie, des activités viticoles, elles sont ancrées dans la région. Par exemple, les intrants, dans la mesure du possible, sont achetés localement. Il s’agit notamment des produits de traitement (pour les bio ou les conventionnels), des attaches, des ligatures, mais aussi de la cire et de la sciure pour la réalisation des plants.

Du mécanicien aux bouchons
Les divers travaux nécessitent l’utilisation d’outils et de machines. Ceux qui n’ont pas la chance, comme Denis Hermanjat, de pouvoir compter sur un frère habile de ses mains, ont tous en poche le numéro des mécaniciens sur machine agricole les plus proches. Des garages, et des emplois, qui n’existeraient pas sans les agri-viticulteurs.

Réglementations, lois et paiements directs obligent, les pépiniéristes et vignerons n’échappent pas à l’administration cantonale ou fédérale, derrière lesquelles se trouve du personnel. «Ce sont elles qui nous fournissent les droits de production et, au moment de la vendange, nous devons effectuer une déclaration d’encavage», explique le vigneron de la Cave de la Charrue. Les parcelles de Claude Lapalud sont contrôlées et les greffons doivent être porteurs d’un passeport phytosanitaire, et donc validés par les employés de l’organe de contrôle Vitiplant. Une fois le raisin transformé en vin par les cavistes et oenologues, qui ne sont pas nécessairement les vignerons, il est conditionné dans des bouteilles. Une partie de celles-ci sont achetées à la Verrerie de Saint-Prex, d’autres chez les Valaisans de Pro Uva. Et pour les bouchons ou capsules, Chaillot Bouchons à Saint-Prex et Jean-Paul Gaud à Genève se partagent le marché régional.

Le boom de l’oenotourisme
Pour soutenir la promotion, de gros moyens sont nécessaires. «Nous payons une taxe obligatoire au m2 et au litre produit à l’Office des vins vaudois pour la promotion», ajoute Denis Hermanjat. Dernier événement en date qui a cartonné: les caves ouvertes vaudoises et leur près de 100 000 visiteurs en deux jours. «Pour nous, c’est un mois de commandes passées en deux jours», relève le vigneron de Commugny. «Il y a une demande exponentielle au niveau des activités oenotouristiques, souligne Yann Stucki, chef de projet Vaud OEnotourisme. Le site myvaud.ch, qui regroupe l’offre oenotouristique du canton, a généré 5000 visiteurs en 2014 à son lancement. En 2017, pas moins de 70 000 personnes ont visité le site.» La vigne engendre emplois et plaisir.

Du travail à la vigne, mois après mois
«T’as fini les vendanges? Alors t’es tranquille jusqu’à l’année prochaine», entendent parfois les vignerons. Une méconnaissance de certains. Car le vignoble demande du travail toute l’année. La récolte terminée, les vignerons entretiennent les installations, remplacent des souches et éventuellement arrachent de la vigne.
Début du rebiolage
Dès janvier, voire avant, débute la taille, suivie par l’attache (tendre la branche à fruit sur le fil). Dès que les bourgeons ont atteint quelques centimètres, il faut procéder à l’ébourgeonnage (sélection des bois). Le mois de mai annonce le début de la période des effeuilles (rebiolage pour les Vaudois), ceci afin de dégager la zone des grappes pour éviter le développement des maladies. L’été est un peu plus calme, avec les traitements, la fauche des herbes et la régulation (coupe de grappes), si nécessaire, de la récolte à venir afin de respecter les quotas. Et voilà déjà septembre qui annonce le début de la vendange.
Les plants à la pépinière
Côté pépinière, on ne chôme pas non plus. En janvier, les sarments sont prélevés pour le greffage et les porte-greffes sont éborgnés et coupés en quatre différentes longueurs. Puis ils sont désinfectés et conditionnés jusqu’au moment du greffage. Les plants sont ensuite paraffinés afin d’enrober la greffe. Déposés, à la mi-avril, dans des caisses entre des couches de sciure, ils sont chauffés pendant 14 jours à 28°C puis nettoyés, reparaffinés (pour protéger le plant du soleil) et trempés quelques jours dans de l’eau avant d’être plantés, en mai, à la pépinière. L’été, c’est le moment de sarcler, traiter, puis prétailler. Après le premier gel, les plants sont sortis de terre et conservés au frigo, avant d’être taillés et paraffinés pour devenir une nouvelle vigne. Et tout cela, sans parler du travail de cave pour que le raisin, au fil des mois, devienne vin.