De l’herbe qui donne mal aux sabots

La fourbure chez un cheval, souvent de pair avec une herbe printanière riche, peut vite devenir fatale.

Article paru le 29 mai 2020 dans Agri. Textes et photos: Fabienne Morand. PDF

«Lors d’une fourbure, la douleur ressentie par le cheval est comparable à une crise de goutte chez l’humain, sauf que l’équidé marche sur l’orteil douloureux», image le vétérinaire rollois (VD) Pierre-Alain Glatt.
La fourbure est une maladie métabolique qui peut être générée par différentes origines: infection, long galop sur une route, réaction à des médicaments, complications liées au parage, rétention placentaire ou encore excès alimentaire. Celle liée à l’herbe, riche en oligosaccharides, est la plus classique. «La fourbure est une inflammation du tissu podophyleux entre la boîte cornée et le derme du sabot», précise Fanny Berruex, vétérinaire équin à Fiez (VD). «De plus, les chevaux ont une trop bonne rentabilité de l’énergie qu’ils consomment comparé à une vache.» Ceci couplé à leur faculté digestive limitée, la fourbure herbagère peut arriver très vite, au printemps, mais aussi en automne. «L’herbage est très appétissant et les chevaux en font un abus. Cet excès est mal assimilé par le foie», complète le spécialiste et président de la commission vétérinaire de la Fédération suisse des sports équestres.
Ce printemps, chaud, ensoleillé et suivi par de la pluie, couplé à cette période de Covid-19 où des chevaux ont été moins en mouvement, a été parfait pour déclencher cette maladie équine. «Durant ces périodes printanières, il faudrait presque plutôt sortir les animaux la nuit où il n’y a pas ce problème de surcharge de sucres dans l’herbe», continue Pierre-Alain Glatt.

Eviter des surfaces avec trop de trèfles
Parmi les bons gestes préventifs, on peut limiter la pâture et ouvrir petit à petit les parcs, éviter des surfaces avec trop de trèfles, faucher ou faire du foin sur une partie du parc, «mais plutôt après le 15 juin où l’herbe est moins riche et ensuite y mettre les chevaux ou introduire une pâture mixte avec des vaches ou des moutons. Ce qui est aussi avantageux au niveau parasitaire», souligne Fanny Berruex.
Bien entendu, si son cheval est à risque, il est conseillé d’enlever la paille pour le mettre sur des copeaux et surtout arrêter l’aliment. «Les chevaux sont en général trop complémentés et trop gros. Nous suralimentons nos chevaux», appuient les deux vétérinaires. Si ces mesures préventives ne suffisent pas, une fourbure se reconnaîtra tout de suite. C’est par exemple «un poney qui est couché dans le parc mais continue de manger», ou «un cheval qui ne veut pas sortir du boxe ou marche comme sur des oeufs». L’animal va aussi chercher le sol mou. Pour les connaisseurs, en plaçant l’index et le pouce vers la partie interne et externe de l’arrière du boulet, on sentira une pulsation digitale. «Dans la grande majorité des cas, ce sont les antérieurs qui sont fourbés, rarement les quatre sabots en même temps», constate Fanny Berruex.
Aux éléments déclencheurs, s’ajoutent des facteurs à risques. Ainsi, un surpoids, la génétique et une sensibilité de la race augmentent les chances d’une fourbure. Les poneys sont les plus sensibles, mais les ânes et les chevaux de type Franches-Montagnes ont aussi «une mauvaise utilisation de l’insuline, du coup ils stockent plus facilement», relève l’experte.
En cas de suspicion de fourbure, il est important de réagir vite en appelant son vétérinaire, «car en peu d’heures, le sabot peut se détacher du pied et l’os va chercher à traverser la sole. La fourbure est vite fatale», insiste Pierre-Alain Glatt. En attendant l’arrivée du vétérinaire, éviter de bouger le cheval, enlever la nourriture, lui doucher les pieds à l’eau froide, très longtemps, et le placer sur une couche profonde. Si le laisser au boxe n’est pas envisageable, alors il ne faut pas hésiter à le mettre sur du sable ou lui – et cela peut être un bon moyen de prévention – mettre un panier pour lui limiter la prise d’herbe. Car un poney ou un cheval qui a eu une fois une fourbure récidivera facilement. «La meilleure thérapie est la prévention», souligne Pierre-Alain Glatt.

Aides complémentaires avec un ferrage et de l’ostéopathie
Pour soulager un cheval fourbu, un ferrage particulier, précédé d’une radio du pied, est parfois réalisé. En complément, l’ostéopathie «réduira les tensions tissulaires avec une diminution de la douleur, alors qu’un traitement préventif réduit les effets d’une surcharge de longue durée sur les autres articulations du corps, tels l’épaule, la colonne vertébrale et le bassin», explique Jean-Louis Stauffer, vétérinaire-ostéopathe à Palézieux (VD). Ceci en parallèle aux traitements de la douleur avec anti-inflammatoires et analgésiques. A plus long terme, «acupuncture, physiothérapie, shiatsu, massages, homéopathie», sont autant de possibilités qui, selon le cheval et la situation, peuvent aider à la guérison.