Des animaux bien dans leurs sabots

L’importance du soin aux sabots n’est pas à sous-estimer. Le choix entre parage et ferrage se fait en fonction de l’utilisation des équidés. Les techniques ont évolué ces dernières années.

Article paru dans Agri Hebdo (13 décembre 2019). Textes: Fabienne Morand. Photo (web): Pixabay. PDF.

Les sabots doivent être soignés de façon à ce que l’équidé puisse se tenir dans une position anatomique correcte, à ce que ses mouvements ne soient pas entravés et de manière à prévenir les maladies du sabot», l’alinéa 2 de l’article 60 de l’Ordonnance sur la protection des animaux est clair. Le propriétaire d’un cheval a l’obligation, entre autres, de prendre soin des sabots de son animal.

Prendre en compte l’environnement
Pour cela, maréchaux-ferrants, pareurs naturels et orthopédistes équins se partagent le marché. Toutefois, peu importe l’approche, l’importance est que le cheval soit bien dans ses sabots.
Ainsi, le choix entre fers et pieds nus ne doit pas se faire uniquement par conviction personnelle, mais en tenant compte de l’hygiène, du type de détention, de la qualité du pied du cheval, de ses aplombs, de sa race et surtout de son utilisation: le type (loisir, compétition) et l’intensité.
«Si la corne est suffisante à son emploi, le cavalier respectueux de son cheval, en descendant ou en mettant des «boots», la détention est idéale, il n’y a pas de raison qu’il soit absolument ferré», relève Daniel Gebhard, maréchal-ferrant, à Ballens (VD), et enseignant dans le cadre des cours théoriques des apprentis maréchaux-ferrants.
Un point de vue que partagent les pareuses Karine Kouprianov, de La Brévine (NE), Diana Chavannes, de Chessel (VD), et la Zurichoise Irène Jeannet, membres du comité de l’Association suisse des pareurs (Schweizerischer Hufpflege Verband). «Pour moi, le plus important est de protéger les pieds du cheval et plus particulièrement la sole», précise Karine Kouprianov. Elle conseille l’utilisation de «boots» en promenade et sur sols abrasifs (éviter celles avec des pièces en métal à l’intérieur qui frottent le pied) voire de garder le cheval ferré selon l’utilisation.
Si le cavalier ne veut jamais descendre de sa monture lorsque le terrain n’est pas idéal, ni chausser le cheval, qui, de plus, passe la majeure partie de sa journée dans un box, alors le ferrage sera plus adapté.

Eviter le ping-pong entre les techniques
Cependant, lorsque les conditions sont réunies pour ne pas ferrer sa monture, il est important d’avoir en tête que plusieurs semaines sont nécessaires pour que le cheval et ses sabots s’habituent. Imaginez porter de solides souliers qui permettent de marcher partout et, du jour au lendemain devoir poursuivre les mêmes habitudes à pieds nus. La nature du terrain va jouer un rôle sur le confort. «J’ai une jument qui a déménagé et nous l’avons ferrée, car désormais elle se trouve dans un endroit plus caillouteux», illustre Diana Chavannes. «Il faut réfléchir au bien-être du cheval, mais surtout ne pas faire de ping-pong entre ferrage et déferrage», précisent maréchal et pareuses.

Garder de la vie dans le sabot
Daniel Gebhard rappelle qu’avec le ferrage, il cherche à augmenter les performances sportives des chevaux et la sécurité en conditions difficiles.
Ces dernières années, la manière de ferrer a évolué. Si l’acier reste la matière phare pour les fers, il est aussi possible d’en trouver en alu alliage titane ou en plastique cloué. C’est surtout au niveau des pinçons, les languettes des fers qui remontent sur les côtés, que les maréchaux-ferrants ont adapté leur technique. «Il y a une quarantaine d’années, nous mettions un pinçon aux antérieurs et deux aux postérieurs, se souvient Daniel Gebhard. Aujourd’hui, nous cherchons à garder de la vie à l’intérieur du sabot, nous travaillons davantage sur le centre articulaire de l’équidé. D’abord, nous avons réparti l’équilibre avec des pinçons latéraux, mais nous avons compris que le sabot devenait plus allongé et moins rond.»

Parer, le geste premier
Aujourd’hui, la tendance est de supprimer les pinçons ou d’alterner entre ceux à l’avant et les latéraux. De plus, on travaille le fer pour favoriser le «rolling» (mouvement de déroulement du pied). Il est bon de rappeler que le premier geste du maréchal est d’apprendre à parer. Actuellement, les chevaux pieds nus sont majoritairement les retraités et ceux vivants en troupeau ou plutôt utilisés pour la randonnée. Au niveau des compétitions, les ferrés sont majoritaires.


PEU DE FORMATIONS EN ROMANDIE
Pour devenir maréchal-ferrant en Suisse, on peut emprunter la voie du certificat fédéral de capacité (CFC). La formation, menée en parallèle auprès d’un maître d’apprentissage, dure quatre ans avec un volet théorique dispensé à Lausanne, dans une classe intercantonale romande ainsi que des cours interentreprises. Les titulaires du CFC sont habilités à parer et ferrer.
Pour parer de façon professionnelle en Suisse, il n’existe pas de formation officielle. Quatre organisations sont reconnues par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). Deux sont implantées en Suisse allemande, la Fachschule für Biomechanik und ganzheitliche Therapien am Pferd, à Kehrsatz (BE), dont la formation est, d’après son site internet, depuis cette année, reprise par la Fachschule für Huforthopädie Schweiz, à Diegten (BL). Les deux autres sont dispensées à l’étranger, à la Lehrinstitut Zanger Hufschule, à Einhausen (D) et à l’Institut für Hufgesundheit, à Lichtenberg (A). «Dans certains cas, le vétérinaire cantonal peut reconnaître une formation, à condition que la personne concernée puisse établir qu’elle dispose de connaissances et d’aptitudes comparables», précise Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois.
Il n’existe pas de formation pour devenir pareur en Romandie. Les intéressés se rendent généralement à l’étranger, très souvent en France, où ils trouvent également des formations continues. Karine Kouprianov a suivi, en 2007, à Yens (VD), les cours de Dan Guerrera. Quant à Diana Chavannes, elle s’est rendue durant deux ans dans le Jura, chez SOS Sabots, pour devenir orthopédiste équine.

www.farriertecsuisse.ch


PIEDS FRAGILES
De mauvais soins, une alimentation et une détention inadaptées peuvent rapidement se répercuter sur la santé des sabots. Parmi les troubles classiques, on retrouve la fourbure métabolique. Celle-ci est due à une suralimentation chronique, contrairement à la fourbure aiguë (sur un cheval qui, par exemple, s’est échappé, a trouvé le sac d’aliment et ne s’est pas arrêté de manger).
La maladie podotrochléaire est aussi souvent observée. Ses formes sont variées mais il en résulte une douleur autour de l’os naviculaire, situé à l’arrière du pied du cheval.
Invasions fongiques
Dans les maladies du pied, ajoutons encore le syndrome «high low», soit lorsqu’un pied est haut et l’autre bas, ceci parce que le cheval garde toujours la même posture pour manger, «souvent lorsque le foin est toujours en hauteur et au même endroit», constate Diana Chavannes. Entre autres, il existe encore les maladies d’invasion fongique (pourriture par exemple) et autres qui, souvent bénignes, se soignent assez facilement.