Des huiles essentielles, extraites de plantes, pour animaux de rente

Entreprise installée à Bière (VD), Agolin produit un mélange d’huiles essentielles pour l’alimentation animale. Efficience alimentaire, réduction des rejets de méthane et amélioration de la fertilité en sont les principaux effets.

Article paru le 16 novembre 2018 dans Agri Hebdo. Textes et photo: Fabienne Morand. PDF

C’est à Bière (VD) qu’Agolin mélange des huiles essentielles. Le liquide est ensuite envoyé en Italie pour être mis sur un support, de petites boules, qui sera vendu à des fabricants d’aliments pour le bétail, les porcs et la volaille. Actuellement, Agolin produit annuellement pour l’équivalent d’un million de vaches, mais seuls 2% des ventes concernent la Suisse.

Réduire les émissions de méthane
«Il suffit d’un gramme par jour et par vache du mélange Agolin Ruminant pour améliorer le rendement laitier, la production de viande et réduire les émissions de méthane», expliquent Beatrice Zweifel et Kurt Schaller, respectivement directrice technique et manager d’Agolin.

Ce duo avait comme pensée de départ que si les vaches émettent moins de méthane, elles garderont davantage d’énergie pour la production de lait ou de viande. Selon les résultats de leurs essais, effectués entre autres en Allemagne – les troupeaux en Suisse sont trop petits – Agolin SA a reçu, au printemps 2018, une certification de Carbon Trust attestant l’efficacité d’Agolin Ruminant «à réduire les émissions de méthane de 14% par kilo de lait».

«Les huiles essentielles influencent les microbiomes de la panse, ce qui a un impact sur le rendement du lait», continue Beatrice Zweifel. Et d’ajouter qu’ils attendent la validation de l’Office fédéral de l’environnement pour l’enregistrement de leur programme «réduction de méthane chez les vaches laitières» grâce à leur additif inscrit auprès de la Fondation pour la protection du climat et la compensation de CO2 Klik.

Meilleure fertilité remarquée
Autre effet observé, la fertilité des ruminantes s’est améliorée. «Nous avons constaté que le gras dorsal diminue moins après le vêlage. D’ailleurs, en Allemagne, des producteurs achètent notre produit bio pour améliorer la
fertilité», dit-elle.

Les ingrédients d’Agolin sont généralement mélangés avec des minéraux ou des aliments concentrés. Leur employé à la production, Gérald Grand, de Yens (VD), teste la version liquide, fortement diluée dans de l’eau qu’il verse sur la nourriture de ses taureaux d’engraissement.

«Je constate que, depuis que j’utilise ce produit, je suis toujours dans le haut de la courbe d’accroissement et mes animaux sont en bonne santé», explique-t-il en précisant que ses bêtes mangent sans problème. «Au début, nous avons effectué beaucoup d’essais sur l’appétence de nos mélanges et cherché à éviter toute mauvaise odeur», précisent les responsables d’Agolin.

Néanmoins, très peu de gens connaissent l’existence de cette entreprise. «Nous avons effectivement un produit discret. En général, l’agriculteur ne sait pas qu’il en achète, puisqu’il est mélangé dans des concentrés», souligne Kurt Schaller. L’entreprise UFA est cliente. «En 2016, en raison d’expériences positives, le produit UFA-Nitrodigest a été lancé. Celui-ci contient une combinaison d’additifs qui cible les microbes du rumen. Dans le processus, la prolifération d’archéobactéries méthanogènes est inhibée, ce qui conduit à une fermentation plus efficace dans le rumen», répond Samuel Geissbühler, responsable marketing et membre du conseil de direction d’UFA.

Une entreprise quasi inconnue en Suisse
L’un de leur concurrent, Vital SA, ne connaît pas Agolin, mais commercialise aussi des spécialités nutritionnelles, des sels minéraux et des aliments agrémentés d’extraits de plantes. «Tous les fabricants d’aliments explorent cette piste car l’utilisation d’antibiotiques est réservée pour guérir les animaux malades», explique Alain Chambaz, ingénieur agronome et responsable pour la Suisse romande chez Vital.

Ce dernier vend notamment des mélanges contre la diarrhée chez les porcelets en postsevrage et chez les veaux. «Les résultats peuvent être très bons à condition d’améliorer simultanément et principalement le climat de la porcherie ou de l’étable. Ce point est d’autant plus important à maîtriser, car les extraits de plantes n’ont pas la même puissance que les antibiotiques», insiste-t-il.

Du côté de la recherche ou des spécialistes en alimentation animale, le nom d’Agolin ne leur dit rien. «Les huiles essentielles ne nous sont pas inconnues, mais à ma connaissance, aucun essai n’a été effectué chez Agroscope avec les ruminants», répond Fredy Schori, collaborateur scientifique dans le groupe recherche ruminants. Il relève que les résultats dépendent du dosage, de la ration et du pH dans le rumen et pense que l’influence sur le lait et la viande (variation du goût et résidus) serait aussi intéressante à étudier.

Kurt Schaller répond que des projets de recherches dans ce sens ont été effectués en Europe et ont démontré qu’il n’y a pas d’influence sur le goût du lait ou la qualité de la viande.

SUR LE WEB: www.agolin.com (en anglais)

En chiffres
20% de substances actives pour 80% de support dans chaque dose fabriquée par Agolin.
98% du marché d’Agolin sont réalisés hors de Suisse, principalement en Europe, mais aussi en Asie et Amérique du Nord.
25 à 30 francs le kilo de mélange vendu à l’industrie alimentaire, soit un coût de 3 centimes par vache et par jour.
600 kilos de mélange d’huiles essentielles qui donneront 3 tonnes de produit fini.