Différents moyens pour découvrir la vie à la ferme

AGRICULTURE Ecole à la ferme, visite d’étables ou stages sur une exploitation agricole: les occasions pour les citadins de mettre les pieds à la campagne sont nombreuses et pas forcément coûteuses.

Article paru le 26 mars 2019 dans La Côte. Textes: Fabienne Morand. Photo: Agir PDF

«Ah, le lait ne provient pas des berlingots?» «Les poules pondent même sans coq?» Ces phrases, les paysans-producteurs qui ouvrent leurs portes aux citadins-consommateurs les entendent, signes probables d’une perte de lien avec la terre. Afin d’offrir la possibilité aux petits et grands de découvrir la provenance des produits, de nombreux programmes existent, à la ferme, à l’école, en balade ou en ville. De plus, la plupart des activités sont accessibles pour les petits budgets, certaines étant même gratuites.

S’il est possible de faire son marché paysan à la ferme – plus de 30 sites entre la Versoix et la Venoge – l’opportunité existe aussi de faire école via l’entité romande de l’Ecole à la ferme, créée en 1994 et présidée par Laurence Cretegny, de Bussy-Chardonney. Le mouvement compte sept prestataires dans la région de La Côte et la barre des 50 000 écoliers suisses à la ferme a été dépassée en 2018. «L’Ecole à la ferme est basée sur l’enseignement durable, c’est un bijou pédagogique qui est en constante évolution», relève Claudia Jaquier, responsable de projets chez l’Agence d’information agricole romande (AGIR).

«Un pont ville-campagne»
S’adressant à tous les âges, le programme Visites d’étables est «un véritable pont entre ville et campagne», souligne Claudia Jaquier. La démarche est simple: appeler l’un des 25 agriculteurs romands pour visiter son exploitation. Dans la région, ils sont trois, soit Maurice Treboux à Bassins, Nathalie et Jean-Daniel Reymond à Saint-Livres et Olivia Humbert à Gollion. Il s’agit d’un excellent moyen pour constater de ses yeux la diversité de la paysannerie suisse et de poser ses questions aux professionnels. Dans le même esprit, mais concentré sur le 2 juin, d’immenses portes ouvertes à la ferme sont organisées à travers toute la Suisse.

Si le souhait est d’expérimenter la vie paysanne au quotidien, Agriviva permet aux 14-25 ans d’effectuer un stage de deux à huit semaines dans une ferme. L’adolescent sera nourri et logé par la famille, aidera aux différents travaux quotidiens et percevra quelques francs par jour de travail. Dès 16 ans, il est possible de combiner cette expérience avec un enrichissement linguistique en allant au-delà de la «barrière de rösti». «L’idée est de permettre une immersion dans le monde paysan, de voir d’où les produits viennent et la réalité des familles paysannes», détaille Andrea Bory, présidente d’Agriviva. Les jeunes peuvent choisir s’ils veulent une place avec des animaux et/ou des enfants.

INFOS PRATIQUES
www.marchepaysan.ch
www.ecolealaferme.ch
www.visitesdetables.ch
www.agriviva.ch/fr
www.brunch.ch/fr
www.agro-image.ch
www.lockpfosten.ch
www.agriculture.ch
www.agriscuola.ch

Le brunch du 1er août dans les fermes est une autre occasion d’aller sentir la bonne odeur du foin. Ils sont une petite dizaine dans la région à ouvrir leurs portes à cette occasion.

«Parler avec le producteur»
Bien que peu développée en Suisse romande, l’association Agro-Image, qui a fêté ses 20 ans en 2016, offre la possibilité pour les enseignants de faire venir en classe des jeunes agriculteurs. Ceux-ci transmettront les connaissances de base, tout en mettant en lumière les liens entre agriculture et production alimentaire.

Un autre moyen consiste à apporter des indications aux promeneurs, qui se baladent entre vergers et champs. Des «Lockpfosten», des informations sur totem allant toujours par trois, répondent à cette attente. En 2018, l’Union fruitière lémanique (UFL) en a posé «dans les vergers de 50 producteurs, là où il y a des chemins utilisés par les badauds». «Ces panneaux abordent les aspects de la production de manière vulgarisée et les retours des promeneurs sont positifs. Souvent cela permet d’engager la conversation avec le producteur», relève Claire Legrand, responsable communication à l’UFL à Morges. Il est possible d’en voir notamment sur la commune de Grens, Founex, Signy, Nyon, Etoy, Aubonne ou encore Préverenges. Finalement, il arrive que la campagne débarque en ville, que ce soit dans des foires ou des expositions.


L’avis de
JACQUELINE SEGOURA ENSEIGNANTE

La classe 3 à 5P de l’école d’enseignement spécialisé Pré-de- Vert à Rolle a consacré une semaine de mars à l’agriculture, dont deux jours chez les Cretegny à Bussy-Chardonney. «Le contact physique avec les animaux est important, tout comme la découverte de la vie à la ferme et de comment les produits se fabriquent. L’animal sert de médiateur et a un impact important sur le relationnel. Aujourd’hui, les enfants découvrent beaucoup à travers les écrans, l’école à la ferme permet un contact avec la réalité. En expérimentant, les processus se fixent mieux en tête. Quand ils achètent une plaquette de beurre au supermarché ou une brique de lait, désormais ils savent comment c’est produit. C’est par de telles expériences que l’enfant s’ouvre au monde, se forge des souvenirs et apprend.»

L’avis de
CÉDRIC SCHALLER PARTICIPANT À AGRIVIVA

A 21 ans, le Saint-Preyard a séjourné, en plusieurs fois, une douzaine de semaines chez des agriculteurs thurgoviens, bâlois et bernois. «Découvrir un autre milieu, cela m’a fait du bien. Même lors de mes deux premières semaines, j’ai beaucoup appris. Plutôt que de partir loin, il y a plein d’expériences incroyables près de chez nous. Je n’y connaissais rien à l’agriculture et la diversité des pratiques et du fonctionnement de chaque famille m’a surpris. A chaque fois, ils m’ont rapidement laissé travailler de manière autonome, même à 14 ans. J’ai découvert la production d’oeufs, le contact avec les gens lors des marchés et, alors que je n’avais pas mon permis de voiture, j’ai pu apprendre à conduire le tracteur. J’ai aimé car j’ai aussi pu choisir où aller.»

L’avis de
ANNIE
OLIVIER AGRICULTRICE À EYSINS

Le Domaine Les Perrettes compte un libre-service, parfois des visites de classes, mais surtout reçoit de jeunes stagiaires. «Pour moi, Agriviva est une expérience positive. J’accueille des jeunes car ma petite activité ne me permet par d’avoir un employé toute l’année. Cela me donne un petit coup de main, notamment pour la cueillette des petits fruits et l’entretien du jardin, et leur permet de découvrir autre chose. C’est chouette que ce soient des jeunes qui ne sont pas issus du milieu, ils peuvent ainsi voir qu’il y a quand même un peu de travail avant d’avoir les produits dans son assiette. Toutefois, c’est mieux quand c’est le jeune qui a choisi de s’inscrire et pas quand les parents l’obligent. Certains sont plutôt curieux et d’autres vite fatigués.»