Emile Gaudin est parti trop vite

CARNET NOIR Apples a perdu jeudi son syndic, décédé d’un arrêt cardiaque.

Article paru le 13 mars 2015 dans La Côte. Texte: Fabienne Morand. Photo: Sigfredo Haro. PDF

Chaque disparition est douloureuse, mais certaines nous touchent un peu plus. Celle du syndic d’Apples, Emile Gaudin, qui a fêté ses 61 ans le 30 janvier, fait mal, très mal. De par sa brutalité, mais surtout pour l’homme qu’il était. Emile Gaudin laissera indéniablement un grand vide dans sa commune, sa région et toute la vie associative pour laquelle il s’est si souvent engagé. Jeudi après-midi, la subite et douloureuse disparition d’un homme décrit comme humble et extrêmement généreux par tous, a rapidement fait le tour de La Côte et même plus loin. Cet adjudant d’état-major qui a mené une carrière militaire de 1985 à 2012, s’est impliqué dans nombre d’événements, au point qu’il est impossible d’en dresser la liste exhaustive. Il laisse derrière lui sa femme, Elisabeth, qu’il a mariée en septembre 1983, ainsi que sa fille Fanny et son fils Olivier. Fanny a donné naissance, vendredi dernier, à son deuxième enfant. La veille du départ prématuré du grand-papa, tous étaient en famille à profiter de la venue de ce nouveau petit bonhomme.

«C’était le syndic idéal»
Lors des élections de 2011, Emile Gaudin fait son entrée à la Municipalité et accepte d’occuper directement le poste de syndic. «Il avait une connaissance, une intelligence et une écoute… et il connaissait tout le monde. C’était le syndic idéal. Il donnait son avis, mais ne l’imposait pas. Son énergie, sa présence…», soulève le municipal et ami, André Neuffer, très affecté, comme tant d’autres, par la disparition de son collègue et ami.

Ce natif de Sévery, qui a été durant dix ans président de la nouvelle société de football qui regroupait Apples-Ballens, était toujours très actif au sein de l’actuel FC Pied du Jura. «Il était avec moi ces quinze derniers jours, c’est trop dur… Je n’ai pas les mots», répond d’une voix atterrée José Reis, président du FC Pied du Jura. Après une semaine de camp d’entraînement en Espagne avec la Une, Emile Gaudin était reparti au Portugal avec la Deux, où il officiait notamment comme chauffeur. «C’était un peu mon modèle, j’ai toujours pris exemple sur lui», continue José Reis.

«Un individu exceptionnel»
Une force, une bonne humeur, une volonté naturelle d’aider son prochain, tous sont unanimes sur ce qui rendait ce grand amateur de courses de voiture si attachant. Le jour de sa disparition, il était au volant d’un petit camion D’Andrea Transports. Une entreprise pour laquelle il avait mis ses services de chauffeur à disposition, pour dépanner. Il venait de charger du bétail à La Rippe quand il s’est senti mal. Le coeur n’a pas été à la hauteur de sa générosité et de son rythme de vie. «Il est mort comme il a vécu, sans jamais s’arrêter, en pleine action», lâche sa fille. «C’est brutal, réagit Daniel D’Andrea. Il aimait la vie. Pour moi, c’était un frère, un peu un père aussi. Son grand souci, c’était de toujours faire plaisir aux gens. Et de manière naturelle, il n’avait pas besoin de se forcer. Emile était un individu exceptionnel. Il n’y a pas vraiment de termes pour définir sa bonté. Il était compétent, mais humble à outrance. Il y aurait tellement à raconter sur lui. Sa famille aussi est exceptionnelle.»

«Une personnalité entière»
«Ce n’était pas un papa militaire strict qui exerçait son autorité à la maison», témoigne encore sa fille. Au contraire. Son ancien collègue d’armée, Daniel Bueche, qui l’a côtoyé pendant plus de trente ans, rappelle qu’Emile Gaudin a débuté, à Bière, comme instructeur technique. En 1991, il devient chef des services des écoles d’officiers de Bière et, en 2006, chef ressort du domaine de l’artillerie auprès de l’état-major de la Formation des blindés et de l’artillerie à Thoune. «Emile était un camarade de grande valeur. Il a exercé sa profession avec conviction, compétence, engagement et disponibilité. Il était très jovial et serviable, c’était une personnalité entière », répond Daniel Bueche.

S’il vivait comme un courant d’air, à 200 à l’heure, ce personnage attachant avait toujours le sourire, l’attitude positive, et prenait le temps de discuter autour d’un verre. Car il respectait, aimait et défendait les traditions du terroir. D’ailleurs, quand le président des Vins de Morges, Félix Pernet, l’a approché pour savoir si la commune d’Apples était intéressée à accueillir un départ du Tour de Romandie cycliste (29 avril), le syndic n’a pas été difficile à convaincre. «Dévoué, il ne s’impliquait jamais à moitié», relève Félix Pernet qui l’a connu lorsqu’il a commencé sa carrière comme mécanicien sur machines agricoles.

«Le fromage du syndic»
Le 10 avril aura lieu le repas de soutien pour l’étape cycliste d’Apples. «Emile a dit qu’il offrait le fromage. Sur le menu, nous avons marqué «le fromage du syndic», continue le vigneron. «Nous ne pouvons que déplorer et regretter sa disparition. Je ne l’ai rencontré que deux fois, mais j’en garde un excellent souvenir. Quelqu’un d’enthousiaste, d’efficace, qui voulait mettre sa région en évidence», avance l’ancien cycliste professionnel et directeur du Tour de Romandie Richard Chassot.