Il danse entre vaches et vigne

DENENS A 85 ans, Agénor Bachelard s’occupe de prélever un échantillon du lait des bêtes issues de cinq fermes. Rencontre.

Article paru le 20 octobre 2017 dans La Côte. Texte: Fabienne Morand. Photo: Cédric Sandoz. PDF

«Mimosa, 17 litres». A la fin de la traite de chaque vache, Agénor Bachelard prend le Tru-Test, soit un compteur à lait mécanique, regarde et annonce à haute voix la quantité produite ce soir d’octobre par chacune des 16 vaches en lactation de Michel Reymond à Denens. Le contrôleur reporte les litres sur sa feuille et prélève un échantillon qui sera envoyé le lendemain à Zollikofen (BE) chez Suisselab, seul laboratoire agréé en Suisse. Un jour ouvrable plus tard, le paysan reçoit les résultats.

«Avant, quand nous trayions avec deux pots, nous avions le temps de refaire le monde. Maintenant, avec quatre machines, ça déménage», relève Michel Reymond. Avec sa démarche dandinante, Agénor Bachelard se déplace rapidement entre les vaches et son bureau aménagé sur une botte de paille. Il faut être rapide et attentif, car «Débrouille», «Divine», «Pirogue», «Milady», «Ottawa» ou encore «Nolwen» n’attendent pas sur lui. L’heure de la traite, c’est l’heure. D’ailleurs, l’octogénaire est très ponctuel. Quand la veille, au téléphone, il annonce: «Bachelard, contrôleur laitier, demain matin, 6h», le paysan sait qu’il sera là, à la minute près. «En 45 ans, je ne suis resté endormi que deux matins et l’une des fois, en arrivant avec 20 minutes de retard, le paysan dormait encore», sourit le retraité.

Quantité en augmentation
Autant d’années durant lesquelles il a dû composer avec l’évolution technologique, mais aussi avec celle de l’élevage qui a donné des bêtes plus productives. «A l’époque, quand une vache atteignait 30 litres par jour, on devait boire une bouteille. Puis, à 50 litres par jour, c’était le champagne. Dans les deux cas, nous avons arrêté car trop d’entre elles arrivent à cette quantité», explique Michel Reymond. De mémoire, c’est d’ailleurs chez lui que le vérificateur a relevé la plus grande production en un jour: 56 litres!

Maintenir la santé
Cette activité de contrôleur laitier, Agénor Bachelard l’a commencée le 17 novembre 1972 et, à 85 ans, il ne se voit pas l’arrêter. «Tant que je peux et que je ne fais pas de bêtises, je continue. J’aime ça, j’ai toujours aimé et cela m’offre encore un contact avec les vaches. Elles sont gentilles avec moi. Les propriétaires aussi, déclare cet agriculteur de Denens qui a stoppé les laitières en 1970. De plus, ça maintient.»

A ses débuts, il se rendait chez cinq à six agriculteurs. Puis le nombre est monté jusqu’à 20 fermes dans les années 1980-1990. «Quand j’exploitais encore mon domaine, c’était sport», admet-il. Aujourd’hui, avec le nombre de paysans qui arrêtent les vaches laitières, Agénor Bachelard n’a plus que cinq clients dans son secteur: deux à Denens, un à Yens, un à Villars-sous-Yens et le dernier à Saint-Prex. Chez chacun d’eux, il doit se rendre onze fois par an. «J’ai contrôlé plus de 80 000 vaches», souligne l’octogénaire, qui a une excellente mémoire. Toutefois, l’ouïe, parfois, commence à être moins fine, remarque Michel Reymond, mais la rapidité de déplacement, malgré deux genoux artificiels, impressionne chez Agénor Bachelard. Une agilité qui s’explique par son amour de la danse. Avec sa femme, ils vont fouler, tous les mardis soirs, la piste du Tunnel à Lausanne. Ce à quoi s’ajoutent un à plusieurs thés dansants par semaine. Et en journée, Agénor Bachelard s’occupe, tout au long de l’année, de trois hectares de vignes.