Le roseau de Chine peine à s’implanter durablement

PRODUCTION Promise à un bel avenir, cette plante tend à disparaître des champs de notre région. Si le Paléo Festival l’utilise depuis dix ans, sa culture régresse faute de véritable demande.

Article paru le 28 août 2018 dans La Côte. Textes: Fabienne Morand. Photo: Cédric Sandoz. PDF

Le miscanthus, de son nom scientifique, plus connu comme roseau de Chine, est une culture qui était promise à un bel avenir il y a vingt ans. En Suisse, elle est mise en avant en 1995 avec plusieurs projets d’utilisation, tels la construction, l’isolation ou la fabrication d’assiettes en matière recyclable, pour remplacer celles en plastique.

«Il y avait l’idée qu’on pourrait utiliser les roseaux de Chine industriellement, mais cela n’a jamais vraiment démarré, car il n’y avait pas assez de volume pour l’industrie», explique Jean-Daniel Etter, conseiller agricole chez Prométerre, l’Association vaudoise de promotion des métiers de la terre. «Pour l’histoire, lors de l’Expo.02, un béton «armé» de roseaux de Chine avait été utilisé dans la construction du pavillon de l’Expo agricole», ajoute André Zimmermann, collaborateur scientifique à l’Etat de Vaud.

Une plante qui pousse toute seule
Pourtant, planté une fois, le miscanthus repousse chaque année tout seul. C’est donc une culture qui ne demande pas beaucoup de travail, en dehors de la récolte. Le feuillage tombe en hiver et fertilise l’humus. Ainsi, pas besoin d’apporter d’engrais. «C’est la tige, récoltée au printemps, qui constitue le matériau de construction. A l’ère néolithique déjà, la population habitait des maisonnettes partiellement faites de roseaux», stipule la brochure «Le goût de l’exotisme», disponible sur le site de l’agence d’information agricole romande (AGIR).

RÉACTIONS
JOËL BROCHER AGRICULTEUR À GRENS
Des roseaux pour avoir chaud
«Il y a une dizaine d’années, quand j’ai changé de chaudière, j’ai planté des roseaux de Chine. Je trouvais intéressant de me chauffer avec cette plante. C’est une culture pas compliquée qui repousse toute seule. En plus, c’est un endroit que les animaux sauvages apprécient pour s’y réfugier. J’en cultive un hectare et bien entendu, après la récolte qui s’effectue début avril, il faut un endroit pour stocker la marchandise. Selon la quantité récoltée et la rigueur de l’hiver, je dois acheter un peu de bois. Ma chaudière me permet d’utiliser des plaquettes ou des pellets. Pour les roseaux, j’ai juste besoin de davantage de ventilation, il s’agit d’un réglage automatique.»

S’il y a vingt ans plusieurs agriculteurs ont planté du miscanthus, c’était pour trouver une culture alternative, mais aussi parce qu’elle avait été favorisée par une contribution spécifique pour la production de matières premières renouvelables. Il y a, de mémoire, quatre ans, cette prime est tombée. En raison du peu de débouchés et d’intérêt des acheteurs, le canton de Vaud ne compte aujourd’hui plus que dix-huit hectares de roseaux de Chine, soit légèrement plus que la surface du Paléo Festival qui, lui, s’étend sur une quinzaine d’hectares.

L’une des utilisations principales des roseaux de Chine est le paillage. «Il y a également eu un intérêt pour la litière pour les chevaux. Car elle ne dégage pas de poussière et les chevaux ne la mangent pas. Toutefois, la récolte prenait du temps, car les agriculteurs la fauchaient comme le maïs, puis passaient la matière dans la moissonneuse-batteuse, ce qui permettait d’enlever la poussière», explique Jean-Daniel Etter.

Compost ou chauffage
A ce jour, dans la région de La Côte, il est toujours possible de voir, par-ci, par-là, une surface de roseaux de Chine. Car certains agriculteurs n’ont pas arraché ce qu’ils ont planté il y a vingt ans. Et il y a toujours quelques débouchés. Par exemple, Fabrice Gonvers, paysagiste et patron de Ligne Verte Paysage à Saint-Prex, l’utilise dans sa terre végétale. C’est son frère, agriculteur à Lussy-sur-Morges, qui s’occupe de cultiver le miscanthus et, ensemble, ils effectuent le mélange. «Ce compost favorise l’enracinement. Mais j’utilise également des roseaux de Chine en couverture de sol», précise Fabrice Gonvers.

«Cette paille couvre bien, permet de lutter contre les mauvaises herbes et n’en amène pas, comme c’est parfois le cas avec la paille de blé ou d’orge», complète Christian Streit, agriculteur à Aubonne qui a arrêté d’en cultiver il y a un an (lire sa réaction). Et d’ajouter que c’est un paillage également «apprécié en porcherie car le roseau de Chine inhibe l’odeur de l’ammoniaque». «Celui-ci a effectivement une absorption différente que la paille de blé ou d’orge», confirme Jean-Daniel Etter.

Enfin, nombre de pieds ont déjà foulé cette paille, soit ceux qui ont vécu des Paléo boueux. «Nous l’utilisons depuis environ dix ans, répond Michèle Müller, responsable du service de presse du festival nyonnais. Nous l’achetons à des agriculteurs de la région et avons choisi cette paille car elle sent moins que d’autres et acidifie moins le sol que les copeaux. L’année où nous en avons le plus utilisé? En 2014! Sur toute la semaine, pour le festival, le camping et les parkings, nous avons consommé 350 tonnes de paille de roseaux de Chine, mais aussi d’orge et de blé, tellement il avait plu. En cas de pluie, il peut arriver que nous ajoutions également un peu de copeaux devant la grande scène, pour que cela glisse moins. Ces derniers sont cependant ramassés une fois le festival terminé.»

RÉACTIONS
CHRISTIAN STREIT AGRICULTEUR À AUBONNE
«J’ai arrêté en passant au bio»
«Je cultivais 180 ares de roseaux de Chine que je transformais en grosses bottes de paille. Je les vendais à des privés, à dose homéopathique, pour la litière ou le paillage. Entre la difficulté d’écouler le stock et la prime pour la production de matières renouvelables qui est tombée, ma reconversion en bio a été l’occasion d’arrêter cette culture. J’avais regardé pour acheter une installation qui m’aurait permis de les ensacher, mais c’était trop cher et j’investissais déjà pour la production biologique. Toutefois, si le marché des roseaux de Chine avait été plus dynamique, et qu’il y ait eu davantage de demande, j’aurai probablement continué cette culture.»