Les canards aiment La Tartine

MORGES Depuis deux mois, un couple de colverts se rend à l’ouverture de la boulangerie pour quémander un peu de pain.

Article paru le 5 juin 2013 dans La Côte. Texte: Fabienne Morand. Photos: Samuel Fromhold. PDF

«D’abord, je sors la poubelle et le panneau et après on mange, d’accord?», annonce Evelyne Chabloz à ses clients matinaux réclamant leur morceau de pain sec. Hier matin, peu avant 5h40, les très rares personnes qui passent devant la boulangerie La Tartine à Morges sourient en voyant la scène tout droit sortie d’un rêve.

Evelyne Chabloz, 54 ans, figure incontournable des habitués de La Tartine, ouvre quotidiennement – excepté le vendredi – le magasin. Et presque tous les matins depuis environ deux mois, un couple de canards vient lui dire bonjour et réclamer du pain sec et de l’eau.

Parfois les bêtes à plumes l’attendent, d’autres jours «il suffit que j’allume la lumière pour qu’ils soient derrière la porte», raconte celle qui travaille au sein de la boulangerie depuis 23 ans.

Un bon coup de bec
Il est rare que le couple de colverts ne se dandine pas devant la vitrine aux nombreuses douceurs. Si Evelyne Chabloz tarde à ouvrir, la femelle la remet à l’ordre par des coups de bec contre la porte vitrée. Cette quinquagénaire arrivée tout droit de Château d’Oex à 16ans, et qui n’est jamais repartie de Morges – «j’aime trop le lac» – décide, au début, de ne rien donner aux canards. Mais, face à leur présence régulière, elle leur pose une écuelle d’eau et un jour, décide de leur lancer un morceau de pain sec. En revanche, quand les palmipèdes viennent en journée, pas question de leur donner quoi que ce soit, «il ne faut pas qu’ils s’habituent, précise la vendeuse. Mais j’aime bien le matin, ça met de bonne humeur.» Depuis quelques semaines, quand elle ouvre la porte, il arrive que la cane entre dans la boulangerie et la suive.

«On a faim»
«Oui ma chérie, attends», répond Evelyne aux «coin-coin» insistants de la femelle. Le mâle reste en retrait, il semble surveiller les arrières de sa belle.

Puis vient l’heure du déjeuner. Evelyne Chabloz casse des morceaux de pain sec, les trempe dans l’eau, «mais il ne faut pas que ce soit trop mouillé, sinon elle ne les mange pas. Elle devient pénible», sourit la petite dame. La cane lui mange dans la main, alors que le mâle attrape les morceaux au vol. «Parfois, il loupe ce que je lui lance,du coup, la femelle va vite lui prendre le morceau», ajoute l’employée.

De retour dans sa boutique, Evelyne Chabloz observe ses clients particuliers restés dans la rue et s’adresse à la femelle: «T’es une grande star aujourd’hui? Je t’avais dit hier soir de ne pas oublier de venir ce matin.» La cane lui rétorque par plusieurs «coincoin» avant de repartir avec son canard, aussi discrètement qu’ils sont arrivés. Les Morgiens attentifs les apercevront au détour d’une rue, comme ils ont été vus récemment vers le bar Linpasse en début de soirée.