«Ziva», chien renifleur de sang

POLICE Depuis son plus jeune âge, l’animal apprend à pisterdes personnes et est spécialisé en investigation criminelle.

Article paru le 8 mai 2014 dans La Côte. Textes: Fabienne Morand. Photos: Samuel Fromhold. PDF

Couchée entre les jambes de son maître, attentive au moindre signe, «Ziva», une femelle berger allemand de quatre ans et demi étouffe des aboiements d’impatience. «Police. Sortez! Sinon je lâche le chien», somme le caporal Fabrice. Dans un brouillard humide et froid, un homme se cache. Soudain, la chienne qui a reçu l’ordre, à peine audible, fonce, sa truffe fendant l’air. Elle longe la piscine de Sainte-Croix, trouve le portail et sort du côté de la place de jeu. Elle se met à aboyer sous un passage en cordes qui relie deux cabanes où un homme est perché. Ce dernier n’obtempère pas aux sommations du caporal Fabrice; pire, il crie même sur la chienne. Imperturbable, elle le fixe de ses yeux marron, tout en continuant d’aboyer. «Ziva» monte les escaliers en bois, rendus glissant par la pluie, mais le passage en corde la fait hésiter. Elle redescend, sans jamais perdre de vue le fuyard. Ce dernier sort du côté du toboggan et s’enfuit en courant. En quelques secondes «Ziva» est à ses trousses. «Couche-toi! Bouge pas!», tonne le policier. L’homme se retourne, donne un coup de pied en direction de l’animal. La menace est réelle. La chienne lui mord la jambe et ne lâche pas prise, malgré les mouvements de défense du fugitif. L’homme est à terre, retenu par les crocs du chien et bientôt par les menottes du caporal Fabrice.

LA BRIGADE CANINE VAUDOISE FORTE DE DIX-SEPT CHIENS
La première écriture comptable mentionnant un chien policier vaudois date de1923. Mais ce n’est qu’en 1991 que la brigade canine a été créée et, depuis, elle n’a jamais cessé d’augmenter ses effectifs. Aujourd’hui, elle compte dix-huit collaborateurs et dix-sept chiens, dont dix sont opérationnels, les autres étant en formation. Les bergers allemands et belges sont les plus représentés. Un Rouge de Hanovre vient de rejoindre la troupe. Cette race a un odorat encore plus pointu que les autres. La brigade compte aussi un Labrador, spécialisé dans la recherche d’incendie. Pour être opérationnel, deux ans d’apprentissage sont nécessaires. Chaque chien doit répondre au programme de base, à savoir la piste, la défense et la patrouille. Puis, chacun d’eux est entraîné en vue d’une spécialisation (stupéfiant, incendie, explosif ou investigation criminelle). C’est le policier, accompagné d’un supérieur, qui choisit son chien, soit à 2 mois, soit entre ses 8 et 12 mois. C’est-à-dire avant ou après les 7 mois, âge auquel un examen vétérinaire poussé est effectué pour détecter toute anomalie éventuelle.

Mais en ce premier jour de mai, pas de blessé, ni d’arrestation. Le costume de protection contre les morsures de chien a répondu à son attente. Il s’agissait d’un exercice dans le cadre d’un entraînement annuel organisé par la police vaudoise à l’attention des maîtres-chiens de différents corps romands. Le chien avait pour mission de chercher le présumé cambrioleur, d’aboyer une fois après l’avoir repéré afin que son maître, resté en arrière, le rejoigne.

Canaliser son énergie
Si, au quotidien, l’essentiel du travail du duo est la recherche de personnes sur sol vaudois, il leur arrive aussi d’être au service de la population. A l’exemple d’une dame qui a réalisé avoir perdu ses clés une fois rentrée du marché. «Dans des cas exceptionnels, selon la matière de l’objet et la météo, le chien peut le retrouver jusqu’à 18h après la perte», explique le caporal Fabrice. Mais dans la majorité des situations, après 8h-10h dans la nature, l’odeur n’est plus perceptible pour le chien. En plus de ce travail de piste, chaque canidé a une spécialité, celle de «Ziva» – qui porte son nom en clin d’oeil au personnage que joue Cote de Pablo dans la série télévisuelle «NCIS» – est particulière: il s’agit d’investigation criminelle. «Cela peut être la recherche d’un corps ou de sang dans une affaire de meurtre, ou de sperme dans le cas d’un viol», précise le gendarme.

Si celle qui a sa niche principale dans les hauts de Morges est très vive, son maître est beaucoup plus calme. D’ailleurs, c’est pour son côté «rebelle» que Fabrice a choisi sa partenaire. «On m’a dit qu’elle se calmerait après ses 2 ans, mais non, sourit-il. Toutefois, cette énergie qu’elle a, elle la reporte dans le travail. Ce n’est pas de l’hyperactivité, car elle reste à l’écoute et elle est gérable.»

Employé de commerce de formation, ce trentenaire a toujours voulu être policier. Une démonstration de la brigade canine lors de son école de gendarmerie a été le déclic. Mais avant de rejoindre la troupe, Fabrice a dû acquérir, à Bursins puis Coppet, cinq années d’expérience et attendre qu’une place se libère pour entrer dans le club fermé des maîtres-chiens. La carrière d’un canidé est de huit ans, voire plus si la forme est là. Bientôt, le caporal Fabrice devra donc penser à éduquer un nouveau chien, si sa place au sein de la brigade canine est renouvelée, ou à rejoindre un autre secteur de la police.